Une des tendances humaines les plus stériles est de vouloir constamment ajouter plus à ce que l’on a déjà. Faire plus d’activités par jour. Avoir davantage de possessions matérielles. Planifier encore plus d’objectifs pour les mois à venir. Toujours, nous voulons plus.
Ce penchant pour l’ajout permanent s’oppose à la réduction, à l’essentialisme.
Viser le plus permet certainement de mesurer les ambitions, le nombre des volontés. Aussi, il rassure profondément.
Quantité vs. qualité : qui prévaut ?
Pourtant, le nombre n’est en rien un gage de la qualité. Qu’il s’agisse du matériel, des expériences ou des objectifs, vouloir en accumuler plus- et à fortiori en planifier plus – ne garantit jamais la qualité de l’accomplissement ou de la possession.
Posséder dix sweat-shirts dans son armoire est la preuve d’en avoir beaucoup. Mais aucunement l’assurance que l’un d’eux soit véritablement chaud pour l’hiver. Si au moins un l’est, il en reste toujours neuf qui ne sont d’aucune utilité.
Il en va de même pour les gadgets électroniques, les voitures, les bijoux. Viser la quantité matérielle est soit pour se rassurer, soit pour impressionner. Dans les deux cas, la qualité est omise au détriment d’un manque à combler.
Un vêtement chaud pour l’hiver vaut toujours mieux qu’une armoire remplie d’habillements esthétiques. Une semaine passée avec ses proches dans une simple maison de vacances vaut bien mieux que visiter dix pays par an en passant trois jours dans chaque.
La quantité finit toujours par nuire à la qualité.
Dans la réalité, seule la qualité compte. La quantité, elle, ne fait transparaître que des incertitudes, des vides à combler, des besoins de se rassurer.
Un principe applicable aux objectifs.
En l’occurence, c’est exactement la même chose pour les objectifs. Cette tendance contre-productive de l’être humain à vouloir plus nous pousse à la sur-planification.
Chacun veut toujours faire plus de choses, obtenir plus de diplômes, visiter plus de pays, changer plus d’habitudes à son quotidien.
En tant que tel, avoir des ambitions est profondément positif et constructif. Leur nombre l’est tout autant, et démontre une véritable envie d’évoluer, de créer et de vivre pleinement sa vie.
En revanche, la temporalité de ces objectifs vient trop souvent nuire à leur réalisation effective. Et in fine, à la poursuite de ses ambitions.
À vouloir en faire trop, on fait tout médiocrement. C’est la même idée que vouloir être impliqué à plusieurs tâches simultanément. À vouloir être présent partout, on est efficace nulle part. Tout fonctionne sur la même logique.
Tel qu’énoncé précédemment, tôt ou tard la quantité nuira à la qualité.
À contrario, la qualité n’est possible qu’en l’absence de quantité excessive.
Les neurosciences – l’étude du cerveau par la science – fournissent une réponse à cette observation.
Notre niveau d’attention mentale dépend du volume de ce que l’on voit, et ce que l’on pense. Lorsque l’on réduit les sources de distractions visuelles autour de nous (bureau, table à manger, salon, chambre), on se trouve davantage focalisé sur ce qu’on est en train de faire.
Tout simplement car la cognition suit le visuel. Autrement, le cerveau a vite fait de se sentir perturbé par un nombre trop important d’éléments visuels dans l’espace environnant.
En règle générale, nous n’aimons pas le bazar sur une table ou dans une chambre. Le rangement et l’essentialisme apaisent. Dès lors que l’environnement physique est sur-occupé, l’environnement mental et cognitif est impacté.
Un espace matériel rangé est le signe d’un espace mental ordonné. L’inverse est aussi vrai.
En matière d’ambitions, et à fortiori d’objectifs, le principe est identique.
À l’intérieur du cerveau, c’est la même chose que dans l’environnement. Si nous avons trop d’objectif, l’ attention mentale se disperse. Simplement car elle va vouloir se dédier à chacun de ces objectifs.
La volonté de tout accomplir devient alors la seule priorité du cerveau. Car il s’est fixé cela, et l’intention de cocher ces cases devient nécessité. ”Se mettre quelque chose en tête”, c’est ni plus ni moins la mise en oeuvre par le cerveau pour atteindre ce qui a été planifié.
Ainsi, la volonté d’accomplissement est projetée à parts égales sur chaque objectif. Cependant, plus ces derniers sont nombreux, plus l’attention mentale allouée à chacun sera réduite.
Vouloir être au four et au moulin de ses objectifs, c’est tout faire pour préserver la quantité fixée, en faisant fi de la qualité.
L’attention mentale ne peut se décupler. Par ”attention mentale”, je désigne l’énergie que le cerveau d’un individu peut fournir pour réaliser une tâche.
Chacun dispose d’un capital de 100% d’attention mentale. En se fixant dix objectifs pour les six mois à venir, nous pourrions alors dédier 10% d’attention mentale à chacun d’eux.
C’est alors qu’en réduisant son nombre d’objectifs, pour passer à deux seulement, 50% d’attention mentale pourra être allouée à chaque.
De fait, l’essentiel à retenir est cela : plus on a d’objectifs, moins on a de chances de les atteindre.
Au bout de six mois, deux objectifs auront été atteints. C’est beaucoup moins que dix. Mais ces deux auront été très probablement remplis. Tandis que les dix, eux, resteront certainement non-achevés.
Certes, on accomplit moins en six mois. Mais on accomplit mieux.
Quelle est la garantie de cette certitude ? Le volume d’attention mentale dédié à chaque objectif.
En terme de temporalité, dédier 50% de son attention mentale à un objectif signifierait y consacrer la moitié de sa journée, ou de son temps disponible. À l’échelle de sa réalisation, cela revient à avoir dédié trois mois à la réalisation d’un objectif.
Une concentration maximale sur une tâche précise est la meilleure garantie de qualité. Dès lors, la qualité accordée sera précurseuse d’efficacité.
Parce qu’un environnement mental surchargé est un espace cognitif où notre attention ne peut rester focalisée. La dispersion de l’attention mentale est le pire ennemi d’un objectif.
Moins on a d’objectifs, plus on a de chances de les atteindre.
L’essentialisme est toujours une approche vertueuse, lorsque notre priorité est de remettre la qualité au coeur.
Je porte un regard similaire à propos de nos quotidiens, et du rapport au matériel dans un article distinct.
À l’échelle d’une année, se fixer quatre objectifs semblerait déjà un ratio important. Des objectifs physiques (de santé), relationnels, financiers, et professionnels impliqueront, pour chacun d’eux, des actions quotidiennes et des objectifs de moyen à réaliser.
À mon sens, les ambitions et objectifs qui en découlent sont tous réalisables, à l’échelle d’une vie. C’est souvent leur temporalité qui est inadéquate, et empêche le succès.
”On sur-estime trop ce que l’on peut faire en une semaine, alors que l’on sous-estime trop ce que l’on peut accomplir en six mois”.
Le problème n’est jamais le nombre ou la substance de l’objectif, c’est l’association de ces paramètres dans un temps excessivement restreint.
L’attention mentale est le curseur influant sur la qualité. Le nombre d’objectifs est le paramètre responsable de l’augmentation ou la réduction de notre attention mentale. Tel que les neurosciences nous l’enseignent, tout est ajustement.