L’échec est souvent perçu comme un mal absolu, une honte à éviter dans le processus de poursuite d’un objectif. Cependant, nombreux sont les exemples qui démontrent à quel point l’échec est porteur de leçons pour mieux réussir.
Chacun, nous apprenons bien plus de nos erreurs que de nos réussites. Dès lors, ne serait-il pas bénéfique d’aller provoquer une part d’erreurs pour réellement atteindre quelque chose ?
En neurosciences, la nécessité de faire des erreurs pour viser un objectif est, en tout cas, largement admise.
Pour beaucoup de neuroscientifiques, la proportion « idéale » d’erreurs se situerait autour de 15%. Ainsi, il faut s’assurer de réussir dans 85% des actions entreprises vers un objectif.
85% de réussite, pour 15% d’échec serait le ratio parfait pour un apprentissage optimal du cerveau.
Vous vous demanderez alors : qu’est ce que l’échec peut-il faire dans un processus qui vise la réussite ? Que peut-il générer pour être si important ?
Cela s’explique en neurosciences par la capacité la plus fabuleuse de notre cerveau : la plasticité neuronale. Il s’agit de la capacité des aires du cerveau (groupements de neurones) à modifier leur structure pour s’adapter à une situation.
Cette plasticité se produit grâce aux échanges d’informations entre les neurones, qui perçoivent les ressentis d’erreur, de progression, les émotions et bien d’autres.
Face à l’échec, les émotions et ressentis subséquents sont analysés par le cerveau. Les aires cérébrales comparent avec la planification initiale de l’objectif poursuivi. L’échec traduit une nette différence entre la planification et le ressenti.
Le cerveau va pallier cette différence en modifiant sa structure interne, et ainsi se calibrer pour devenir plus apte à réitérer l’action.
La plasticité neuronale illustre ni plus, ni moins, la capacité d’apprentissage du cerveau.
C’est véritablement dans l’échec que notre cerveau modifie le plus sa structure. Il réagit à l’échec en s’auto-modifiant.
Un tel ajustement est essentiel dans le processus de poursuite d’un objectif. D’’échec en adaptations (plasticité), le cerveau va se ré-ajuster jusqu’à se calibrer pour être capable de produire le comportement adéquat à l’objectif visé.
L’idée suivant laquelle nous apprenons de nos erreurs est donc largement fondée. Face à l’échec, le cerveau impulse un changement de structure, ce dernier étant à la base de l’apprentissage.
De fait, l’importance de conserver une part d’échec dans son cheminement semble cohérente.
Plus précisément, l’erreur commise déclenche un effet particulier auquel le cerveau est très sensible. Échouer provoque un sentiment de frustration. Le ratio 85%-15% est l’outil qui vise à entretenir ce sentiment de frustration.
Cette frustration est décryptée par le cerveau comme une anomalie. Avant tout, la frustration est une émotion. Dans le circuit neuronal de l’objectif, le cortex orbito-frontal analyse les émotions pour les associer à un état de progression.
L’analyse de la frustration face à l’échec induit une réponse forte en proportion de l’intensité émotionnelle ressentie par le cerveau. La réponse ”forte” sera la modification, par le cerveau, de sa propre structure (plasticité neuronale).
In fine, la plasticité neuronale – adaptation du cerveau – permettra petit à petit d’obtenir un succès après plusieurs tentatives synonymes d’échec.
Assurément, le cerveau ne changera pas de structure s’il exécute déjà à la perfection du premier coup. En revanche, il modifiera son architecture autant que nécessaire, si celle-ci l’empêche de ressentir le succès dans ce qu’il s’est fixé.
Échouer une fois sur cinq, pas plus.
En suivant cette règle établie en neurosciences, il semblerait donc idéal de poursuivre des actions suffisamment difficiles pour se trouver à échouer une fois sur cinq.
Trop d’échec pourrait-il produire un effet inhibiteur plutôt que renforçateur ? Oui, certainement.
Accumuler des erreurs dans la réalisation des actions génère une frustration excessive. Le cerveau dominé par cette émotion négative, est alors incapable de modifier sa structure pour s’adapter.
L’apprentissage est inaccesible lorsque la difficulté est trop éloignée de nos capacités du moment.
Une part trop élevée d’échec fera dominer les émotions négatives dans le circuit neuronal de l’objectif. Le cortex orbito-frontal analysera la sur-dose de frustration comme un précurseur pour se démotiver.
Le cerveau n’arriverait pas alors, à provoquer sa plasticité. Autrement dit, trop d’échec inhibe l’action par une frustration trop élevée. La masse d’erreurs bloque l’apprentissage et la plasticité neuronale.
C’est un signe qu’il faut revoir son objectif à la baisse, pour rééquilibrer la balance satisfaction – frustration.
Cette règle des 85%-15% a notamment été porté par le neuroscientifique et psychologue Jonathan D. Cohen. Dans le papier scientifique détaillant ses recherches sur le sujet, Jonathan D. Cohen rappelle l’origine rationnelle de ce ratio 85%-15%: ”When we learn something new {…} we often seeks challenges at the edges of our competences – not so hard that we are discouraged, but not so easy that we get bored”.
Pour chacun d’entre nous, apprendre quelque chose de trop difficile est décourageant. Alors que la facilité excessive provoque l’ennui. Comprendre cela est fondamental pour laisser une juste place à l’erreur dans la réussite.
Dans son étude, Jonathan D. Cohen suggère une analogie qui parlera au plus grand nombre : les jeux vidéos. Il nous explique comment les jeux vidéos sont structurés pour – la plupart du temps – permettre une évolution progressive par pallier de difficulté.
Lorsque nous jouons, la part d’erreur anticipée est programmée pour permettre notre apprentissage et le passage au niveau suivant. Il est dès lors peu difficile de franchir le niveau deux après quelques heures de jeu.
À l’inverse, passer du niveau un au niveau cinq sans se confronter aux étapes intermédiaires (deux à quatre) inhibe la progression.
Les étapes intermédiaires constituent le socle d’apprentissage de notre cerveau, sans lequel nous n’avons pas les compétences suffisantes pour réussir au niveau cinq. Tout jeu vidéo est structuré de cette manière, et respecte ainsi la règle des 85%-15%.
Apprivoiser la difficulté par dose progressive de 15% est, selon le neuroscientifique, le meilleur moyen de favoriser son apprentissage tout domaine confondu. Le cerveau humain connaît un ”niveau optimal de difficulté” pour apprendre.
La vitesse d’apprentissage se trouve optimisée lorsque l’action n’est ni trop difficile, ni trop facile au regard de nos compétences.
Toute atteinte d’objectif dépend de cette capacité d’apprentissage. En l’observant, la réussite nous tend les bras.