Entraîner son corps et son esprit à s'adapter est à la base de toute performance. L'adaptation est dans notre ADN. Elle nous renforce. Le principe scientifique d'Hormèse fonde l'adaptabilité, permettant ainsi de performer physiquement comme mentalement.
Profiter de sa jeunesse vs. gâcher sa jeunesse
Profiter de sa jeunesse vs. gâcher sa jeunesse

Profiter de sa jeunesse vs. gâcher sa jeunesse


À vingt-ans légèrement passées, j’ai souvent reçu ce reproche ” allez, profite de ta jeunesse, viens t’amuser avec nous !”. De la part de mes amis de l’université, de tous ceux de ma génération. Celui-ci partant d’un bon fond, est pourtant révélateur d’une incohérence profonde que je m’attache désormais à explorer. 


Entre 17 et 25 ans, les jeunes ont soif de faire la fête, d’aller jusqu’au bout de la nuit, de s’alcooliser pour être plus joyeux, rencontrer des amis… Pour tous, c’est cela que signifie ”profiter de sa jeunesse”. 

Ayant été moi-même membre du BDE de la faculté de Droit où j’étudiais, j’ai vu ce refrain se répéter sans cesse. Comme un passage obligé, un des douze travaux à accomplir dans sa vie.

Celui-là n’a pourtant rien d’herculéen, loin s’en faut. Mais il vient peser sur chaque jeune qui entre à l’université, pour ses cinq années à venir. 

Dès lors, ne pas s’inscrire dans ce processus, pourtant destructeur à bien des égards, serait une marque d’échec personnel. C’est d’abord s’assurer un certain rejet social. À tout le moins, un isolement social garanti. Je sais de quoi je parle, car j’ai assez vite refusé de suivre la masse.

Oui, ne pas suivre les autres rend lourde la tâche de se faire des amis. 

Oui, ne pas suivre les autres rend difficile l’intégration dans sa propre génération.

Le point de vue adopté par tous ceux qui revendiquent ”profiter de leur jeunesse” pour justifier les virées nocturnes, les excès d’alcool à répétition, est celui de l’amusement

Se divertir. Voilà, en somme, à quoi servirait sa jeunesse et ces milliers d’heures libres dont nous disposons comme étudiants. 

Mais en quoi, au juste, est-ce profiter de sa jeunesse que de faire éternellement la fête ? Se coucher à 6h du matin. Rencontrer des inconnus dont on ne se souvient même plus. S’enivrer d’alcool jusqu’à foutre sa santé en l’air. Consommer des drogues à s’en bruler le cerveau. Écouter de la musique à s’exploser les tympans. Est-ce donc vraiment cela profiter de sa jeunesse ? 

Le sens des mots – la sémantique – est important quand on exprime une opinion. S’il est certain que ”profiter” contient le terme ”profit”, je ne peux nullement concevoir dans quelle mesure les activités décrites ci-dessus constituent un quelconque profit ? 

”Profiter de sa jeunesse”, comme chaque jeune l’appelle de ses voeux, signifie seulement s’amuser. Rien d’autre. Rien de plus noble. Et c’est ici que se trouve l’écueil. C’est ici que se trouve le point de rupture avec ma génération. 

D’abord, l’amusement est un outil de divertissement. Seulement voilà, entre divertissement et abrutissement, la ligne est très fine. Tous ceux qui clament ”profiter de leur jeunesse” ne voient pas cette ligne. Avec les mois, et les années, ils finissent parachutés sur l’autoroute de la médiocrité. Ce serait presque ensuite à s’en plaindre des conséquences d’en être arrivés ici, revêtant audacieusement la posture de victime. Mais la cause était en amont, entre leurs mains. 

Lorsqu’un groupe d’amis nous enjoint d’aller faire la fête au nom d’une ”jeunesse qui doit en profiter”, il n’y a résolument rien de vertueux à en tirer. Pire encore, lorsque l’on adopte les mêmes choix et actions que les autres, pourquoi se surprendre à devenir comme les autres

Devenir pareil. Mêmes problèmes, même langage, mêmes relations, mêmes incompétences, même vision de la vie, même travail, mêmes hobbies, etc… Imaginer cette éventualité de ressembler à ceux qui m’entourent me jette une peur bleue, et c’est peut-être ce qui m’a sauvé du piège de ”profiter de sa jeunesse”. 

Tout ce temps dédié à l’amusement est un temps gâché. Un temps perdu qui aurait pu être mis à profit pour des choix plus vertueux, et salutaires à chacun. Parce que nous sommes le produit de notre environnement, nous sommes influencés par celles et ceux qui nous entourent. Cet entourage nous façonne, et guide nos choix présents et futurs. Il a un pouvoir inhibiteur sur-puissant lorsqu’il est toxique. 

Toutes ces heures passées à privilégier la fête au nom de l’amusement ont fermé la porte à bien d’autres opportunités. Les générations d’étudiants et de jeunes ne comprennent pas la cascade de conséquences de leurs actes. Elle est pourtant immense. 

Préférer la fête entre amis, c’est bien plus impactant que seulement ”rater le prochain examen”. C’est se tirer une balle dans le pied pour la sélection aux formations supérieures. C’est laisser advenir un dossier universitaire médiocre qui ne plaira à aucun employeur pour un futur stage. 

C’est se voir refuser la sélection d’un départ en Erasmus à l’autre bout du monde. Et les portes fermées deviennent alors innombrables. Parce que partir un an au Canada est, dans mon cas, ce qui a certainement ouvert le plus de portes que toute autre chose.

Plus encore, les impacts mesurables dépassent largement le cadre de la réussite universitaire. Ce mode de vie ”imposé” par notre génération pousse à la consommation excessive d’alcool, voire de drogues. On se construit, malgré nous, un réseau de relations sociales toxiques. Les virées répétées en boîte de nuit créent un rythme de sommeil décalé. C’est tout l’hygiène de vie et la santé qui trinquent pour le meilleur, mais surtout pour le pire. Finalement, on se détruit en se prêtant à ce jeu.

C’est sans compter le coût financier inhérent à l’alcool, aux consommations et toutes ces activités nocturnes. De tous ceux que j’ai rencontré pendant mes études, la doctrine ”profite de ta jeunesse” n’a jamais enrichi personne. Pire, des salaires entiers y passaient parfois. 

En bref, des études menées avec médiocrité. Une hygiène de vie globale très entamée et une santé déjà presque ravagée à 20 ans à peine. En passant davantage de temps à festoyer qu’à étudier, beaucoup ne récoltent que leur juste mérite. Aucun profit n’est observable ici. Là où tous clament leur droit de ”profiter de leur jeunesse”, ils font en réalité l’erreur de gâcher leur jeunesse.

À mon sens, profiter de sa jeunesse signifie se construire pour plus tard. Édifier les fondations d’une vie choisie, riche et épanouissante. Il faut, pour cela, s’évertuer à explorer pour trouver ce qui nous anime. Emprunter des voies puis les abandonner. Il faut s’introspecter pour percevoir ce qui nous fait vibrer. Impulser les bonnes rencontres pour se créer des sources d’inspiration. 

Ce travail est difficile, et ne peut pas être mené sous l’influence quotidienne d’un entourage festif. Parce que ces individus courant à la médiocrité ne sont peut-être animés par aucune ambition. En tout cas, ils ne se laissent pas la chance de les découvrir. Quoi qu’il en soit, ils ne doivent pas inhiber la nôtre. Il semble qu’il faille s’isoler. Ainsi, leurs choix n’opèrent pour eux aucun profit. La conséquence la plus manifeste est celle de gâcher leur jeunesse. 

Lorsque l’on aspire à des choses plus grandes, une partie certaine de la solution est d’opérer des choix différents. Sinon, le pouvoir toxique de l’entourage en pleine jeunesse ne nous permet pas de : 

  • voyager à l’étranger pour ses études
  • faire du sport quotidiennement pour développer son corps
  • apprendre une nouvelle langue
  • écrire un livre
  • créer un blog
  • Se former à ce qui nous passionne véritablement

Pour ma part, j’ai compris de longue date que ce n’est pas en écoutant mes amis – m’enjoignant de ”profiter de ma jeunesse” – que j’en serais où je suis aujourd’hui. Dans le sillage des boîtes de nuit et de l’alcool, je n’aurai pas eu la chance de décrocher un emploi en cabinet d’avocat à 20 ans. Ni de partir étudier au Canada. Ni de pratiquer le Muay Thaï comme je l’ai fait, développant mon corps, mon esprit et ma confiance en moi. Ni de passer du temps avec moi-même pour trouver ce qui m’anime. Ni d’arrêter mes études de Droit pour rejoindre une école de santé holistique. Pas plus que je n’aurai eu la chance de voyager en Irlande pour apprendre l’anglais. Ni même de créer ce site web. 

Refuser ce système, c’est dire « non » au pire pour permettre d’advenir le meilleur.

Aujourd’hui, comprendre que nos choix ont des conséquences est une preuve de responsabilité. À contrario, se déresponsabiliser signifie remettre ses échecs sur autrui, ou à plus tard. Le prix à payer sera lourd, j’en suis convaincu. 

Isolé face à la majorité médiocre, il n’est point aisé de percevoir un chemin plus brillant. Pourtant, ceui-ci existe. Il faut se frayer un accès, et laisser de côté ces individus qui nous enjoignent de ”profiter de notre jeunesse”. 


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