Entraîner son corps et son esprit à s'adapter est à la base de toute performance. L'adaptation est dans notre ADN. Elle nous renforce. Le principe scientifique d'Hormèse fonde l'adaptabilité, permettant ainsi de performer physiquement comme mentalement.
Le froid comme porte d’entrée vers la spiritualité
Le froid comme porte d’entrée vers la spiritualité

Le froid comme porte d’entrée vers la spiritualité

Le monde ambigu du développement personnel nous abreuve de ses conseils de bien-être et de renforcement au nombre desquels reviennent toujours la douche froide. Le froid semble être une composante immanquable de la routine des high achievers du 21ème siècle. Faudrait-il encore savoir pourquoi cet outil serait indispensable ?


Tout le monde vend les bienfaits de prendre une douche froide chaque matin.  Wim Hof, pionnier en la matière, a d’ailleurs récemment lancé un défi sur Instagram ”a cold shower a day”.

Convaincu et lui-même ambassadeur des bienfaits du froid, Wim Hof appelle en permanence sa communauté à explorer le monde merveilleux de l’exposition volontaire au froid. Derrière lui, aucun ”influenceur santé” n’y manque, en dépit de leur manque d’expérience.

Instagram & Co nous abreuvent de protocoles et de méthode. ”Levez-vous à 5h, prenez une douche froide, et vous allez réussir dans la vie”. Tout cela est très bien. Ça donne envie d’agir.

Mais les doctrines américaines du ”just do it” et « no pain, no gain » connaissent des limites ; elles ne laissent pas la place au ”pourquoi ?”. 

Cependant, quand on a l’esprit curieux, on veut savoir et comprendre. Quand on cultive une pensée autonome, on veut choisir des actions qui font sens. Je suis de ceux-là. Et derrière le froid, il y a beaucoup à comprendre.

À prendre des douches froides chaque jour sans savoir ce qui se passait dans mon corps ne m’amenait à rien de vertueux. Sinon à devenir un mouton parmi la masse de ceux qui se croient plus fort, sans savoir pourquoi.  

Personne ne vous explique le why, les backstages. Personne ne s’arrête sur la physiologie du froid. Personne ne connaît les réactions internes du corps face à cet extrême. 

Rare sont ceux qui sont honnêtes avec ce qu’il y a à aller chercher derrière cette expérience. Mon mentor, Pierre Dufraisse, me l’a transmis par son enseignement au Centre de l’Hormèse. 

Le froid, comme le sport et toute pratique de renforcement, relève d’une science. Ici, c’est dans la neuro-physiologie que l’on trouve les réponses. 

En matière d’exposition au froid, les bénéfices pour l’organisme humain se trouvent à ses deux étages : 

  • dans le corps, 
  • dans le cerveau 

Dans cet article, je vais me focaliser au niveau des bienfaits sur le cerveau – le mental. Les réactions physiologiques de l’exposition volontaire au froid méritent un écrit entier et distinct qui paraîtra prochainement. 

Si vous avez déjà expérimenté la prise d’une douche froide, d’un bain en océan l’hiver ou sous une cascade de montagne, vous savez que le froid ne laisse personne indifférent

Notre mental panique face à ce stimuli extrême. Il opère une lecture rapide des capacités adaptatives du corps et en conclut à une situation de survie. Oui, lorsque l’on s’expose au froid sous sa douche (ou autre), notre cerveau pressent la mort si rien ne bouge rapidement. 

Là se situe la porte d’entrée de toute réflexion autour du froid ; il active le mode survie dans le cerveau. 

À partir de ce point, le sujet devient passionnant à qui veut explorer l’inconnu par son propre corps. 

Comprenons d’abord pourquoi le cerveau est pris de peur, quand on prend une douche froide par exemple.

Le message immédiatement reçu par le système nerveux périphérique est celui d’une température très éloignée de la normale. Il re-transmet cette information préoccupante au système nerveux central, centre décisionnel. 

La température normale chez l’humain, c’est 37°C. Car dans cette moyenne, la vie de nos cellules est possible. Une douche froide digne de ce nom, avoisinera le maximum de 13-14°C. 

Il y a dès lors un gap – un écart – de presque 25°C entre la température interne du corps, et le ressenti en périphérie – au niveau de la peau. 

Pour le cerveau, la menace est claire. Si le froid reste plus longtemps à la surface du corps, il finira par entrer et modifier la température intérieure de 37°C. Il ne serait donc qu’une question de temps avec la mort cellulaire, c’est à dire notre propre mort. 

Pour éviter la mort, il faut entrer en mode survie. Le cerveau humain sait le faire. À partir de là, on entre dans le jardin de la maison ”spiritualité”. Plus que passionnant, ça devient fascinant. 

Le cerveau ne devient plus obnubilé que par une chose : survivre. Il va enclencher et contrôler tous les mécanismes de résistance au froid existants dans notre physiologie.

Que se passe-t-il donc de merveilleux quand le cerveau ne pense plus qu’à survivre ? Toutes nos pensées se taisent. Off complet. On ne pense plus à rien. Les pensées incessantes disparaissent. 

Le cerveau est tout bonnement incapable de gérer une telle survie, tout en maintenant son flot habituel de pensées. Il procède donc au plus important, et la survie l’emporte sur les pensées.Il se consacre à 100% dans la douleur du froid et la tentative d’adaptation. 

C’est alors que, le temps de quelques secondes, on se libère de la prison du mental. On s’extrait du bruit permanent de ses pensées. 

C’est entrevoir une forme de spiritualité, c’est à dire l’exploration du soi au delà de ses pensées. Observer son ”soi intérieur” par la conscience pour comprendre les mécanismes de son esprit.

Cela requiert d’aller au delà des simples pensées. C’est à la fois difficile à saisir et très abstrait, j’en conviens. Gardez seulement l’idée générale dans un coin de la tête. 

De ce point de vue, le bénéfice du froid est lui très immédiat, et concret. À la seconde où votre peau entre en contact avec l’eau froide, les pensées se taisent et cèdent la place au mode survie.

Dans un monde où nos préoccupations sont de plus en plus nombreuses et nos sources de stress quasi-infinies, trouver un moyen de taire ses pensées est presque miraculeux.

Sous la douche froide, on ne pense plus à la dispute avec son meilleur ami. L’inquiétude de payer son loyer, ou la peur de savoir ce que l’on veut faire dans sa vie sont tout aussi muettes. Plus rien de ces projections du cerveau. Seul le moment présent subsiste, dans la douleur et la résistance au froid. 

Mais cela n’est que la porte d’entrée.. Dès lors, je vous propose d’aller plus loin. D’entrer pleinement dans la spiritualité.

Toujours sous notre douche froide, le cerveau cherche à survivre. En faisant l’expérience, ou en y prêtant attention au prochain coup, vous observerez la chose suivante : il se distingue deux niveaux de réflexion dans le cerveau. Aucun des deux n’accorde de place aux pensées du quotidien, mais les deux réagissent au froid. 

Le premier étage de réflexion est celui du cerveau rationnel. Lui observe la situation, et sait que le froid peut nous mener à la mort. Il clame un seul message : la fuite.

Sortir de là au plus vite est tout ce qui compte pour lui. Il fait le lien entre l’émotion et la raison. L’émotion est la peur de mourir, et la raison commande de sortir pour survivre.

C’est cette partie de nous qui veut sortir dès que l’on se trouve dans l’inconfort que représente le froid. Mais il n’est pas seul, et nous n’avons pas pour obligation de se plier à sa volonté de fuir. 

Le second étage de réflexion est celui du mental. Lui observe l’état de survie, mais ne le ressent pas. Lui connait les risques, mais sait qu’il est capable de rester plus longtemps. Il sait que le corps peut résister davantage. Le mental ne ressent pas l’émotion et ne se plie pas automatiquement à la raison. 

Vous l’aurez compris, c’est avec le mental que l’on se dit ”allez, encore 10 seconde de plus, j’en suis capable”. 

N’écouter que le cerveau rationnel nous conduirait à sortir moins de trois secondes après avoir allumé la douche froide. 

La spiritualité est ici. En entrant sous la douche froide, on se découvre la possibilité d’observer ces deux niveaux de réflexion, et de donner raison à celui de notre choix. Céder à la raison et sortir, ou bien aller au delà et rester.

L’observation de ces deux étages de réflexion est une façon de pratiquer sa spiritualité. 

En termes plus simples, prendre conscience que deux niveaux de réflexion se confrontent nous perme d’observer ces mécanismes de l’esprit. Plus encore, on endosse une posture d’observateur de sa propre réaction face au froid. 

Selon l’approche plus orientale transmise par le Bouddhisme, il s’agit là de ”faire la lumière sur le moment où notre esprit fuit le désagréable et choisit l’agréable” (le confort). Saisir le moment où l’on rejette l’inconfort pour retourner vers le confort, c’est ni plus, ni moins cela observer ses schémas de pensée. 

L’intérêt ultime d’atteindre cet état ? C’est en observant ses schémas de pensée que l’on peut les modifier pour devenir plus fort mentalement, plus à l’aise avec l’inconfort et confiant en ses propres capacités.

Parce qu’avec l’observation vient la compréhension de soi. La compréhension est simplement le tremplin vers le changement

Cette conversation avec soi-même est une expérience transformatrice, je vous assure. Mais c’est aussi la conversation la plus importante de notre vie. Celle qui nous mènera le plus loin, en ce qu’elle est transformatrice.

Alors, comme Wim Hof, je vous suggère d’essayer la douche froide régulièrement pour explorer cela. Oui, l’exposition volontaire au froid est un monde merveilleux.

Mais vous pourrez désormais l’explorer en connaissance de cause, en conscience de ce que vous faites. Tout en vous assurant du plus important : que les résultats à la clef constituent un intérêt pour vous. 

Toute pratique doit faire sens. L’exposition volontaire au froid n’échappe pas au principe. Le plus important ici, est le mot ”volontaire”. 

Par ailleurs, il me semble que votre compréhension sera totale après avoir lu l’article sur la physiologie du froid. Votre corps n’aura plus de secret pour vous, en matière de froid. Bonne lecture 😉

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