J’évoque plus ou moins souvent le besoin de sens dans ce qui nous entoure et nous guide. Dans le choix d’une activité physique, d’une alimentation particulière, d’un projet professionnel ou que sais-je. Le sens est à la base de toute volonté profonde d’agir.
Je suis de ceux qui considèrent que la société actuelle souffre de deux maladies mentales majeures : le stress et la perte de sens.
Trouver du sens ne signifie rien en tant que tel, c’est vrai. Mais lorsque le cerveau évalue nos actions par rapport à un but, il le fait en considérant ce qu’on s’est fixé. Il cherche une adéquation pour poursuivre.
L’adéquation entre l’intérêt de l’action envisagée et l’origine de cette action. Le pont entre ces deux rives s’appelle : le sens.
C’est lorsque ce pont rallie les deux rives – intérêt et origine de l’action – que naît l’élément fondamental de toute poursuite d’objectif : la volonté d’agir.
Pour illustrer la corrélation entre sens et volonté d’agir, attardons-nous quelques lignes sur une étude scientifique très explicite, menée en neurosciences. Elle a été réalisée en laboratoire, puis reproduite sur des humains.
Le biologiste et neuroscientifique américain à l’Université de Stanford, Robert Sapolski, a conduit l’observation suivante : un rat court sur une roue, lorsqu’il en a envie. Un second rat est ensuite placé sur cette même roue, et forcé de courir également lorsque le premier se met à courir, par l’inertie de la roue.
Cette étude, nommée « Rat One & Rat Two Study« , a d’ailleurs été rendue célèbre lorsque le scientifique l’a partagé sur le podcast Huberman Lab, du chercheur en neurobiologie Andrew Huberman.
L’intérêt recherché par Robert Apolski était de savoir si des différences d’effets physiques, physiologiques ou métaboliques pouvaient être décelées entre un rat bougeant volontairement, et un autre en y étant forcé.
En regardant les marqueurs cruciaux sur les deux animaux, Robert Sapolski constatait que seul le premier rat enregistre des améliorations considérables.
Ses « marqueurs métaboliques » se sont améliorés par l’activité physique. Meilleure masse musculaire, perte de poids, régulation des hormones du stress notamment (cortisol, testosterone).
Quant au second rat, lui était forcé de courir et les observations montrent à contrario une détérioration de sa santé, sur tous les marqueurs métaboliques majeurs (masse musculaire, régulation hormonale, variation du poids).
Reproduite à l’échelle humaine pour des résultats identiques, cette expérience montre à quel point la volonté d’agir a un impact sur les résultats qui découleront de l’action.
Ici, la volonté d’exercer une activité physique entraînera les effets escomptés et bénéfiques. À l’inverse, forcer un individu à pratiquer risquerait plutôt de dégrader sa santé.
Le neuroscientifique Robert Sapolski nous enseigne qu’il est donc primordial de choisir ses actes soi-même. La répercussion physique de l’intention mentale – ou de son absence – est immense. Il est alors extrêmement coûteux pour le cerveau humain de commander des actions qu’il n’a pas souhaité.
Choisir ses actes soi-même, c’est donc ne pas se les faire imposer par autrui. Aucun individu ne parviendra à atteindre un objectif ou une progression s’il en est forcé. Au mieux, il y arrivera totalement épuisé.
Aucun projet, ou action concrète ne semble vertueuse lorsque cela ne fait pas de sens pour le cerveau. Il ne l’a pas choisi, ne l’a pas voulu et ne peut le comprendre.
La volonté d’agir est la seule énergie qui vaille. Elle découle directement du sens construit par le cerveau envers une intention.
Souvent, la difficulté d’un objectif ou d’un projet sera grande et les efforts à fournir importants. Seule la motivation intérieure sera suffisamment puissante pour maintenir une volonté d’agir, et surmonter les doutes et la peur.
En définitive, voilà pourquoi un objectif, une action doit faire sens ; pour que naisse une volonté d’agir propre.
Plus que tout, la volonté d’agir qui naît du sens sera précurseur de motivation, puis de discipline. Avec ces armes, atteindre tout objectif devient simple. Ce qui ne veut pas pour autant dire ”facile”.
Par une réelle réflexion sur ses objectifs de vie, on économise alors des actions inutiles, en s’efforçant à trouver ce qui nous anime véritablement.
De ce qui anime tout un chacun, naît le sens le plus évident : celui de la passion. Être passionné donne un sens à chaque action ou choix réalisé en faveur de celle-ci.
Conjointement, cela permet de distinguer ses aspirations profondes des simples influences extérieures. Parfois, la différence est subtile.
Tel que je le suggère dans un autre de mes écrits, ”nous sommes vite happé par les rêves et objectifs d’autrui”. Réseaux sociaux et influenceurs véhiculant une envie de ressembler sont les véritables responsables de ce biais cognitif. Les conséquences de se laisser prendre à un tel jeu peuvent conduire jusque’à la dépression et la perte de son identité propre.
Des conséquences de l’absence de sens à sa vie ?
Outre le cas des objectifs, la perte de sens est la racine de nombreux sentiments nuisibles à notre société actuelle.
L’absence de compréhension envers un système qui nous domine, des individus qui nous dirigent, des technologies qui nous dépassent.
Ne plus en revenir à la racine de la connaissance, au fameux ”pourquoi du comment”, génère une inquiétude profonde chez l’humain. La consommation passive d’objets, d’expériences ou de contenus intellectuels met de côté l’intérêt profond pour ces choses-là.
Trop d’individus ont choisi leur travail sans véritablement savoir pourquoi. Trop de jeunes ont entamés une voie d’études sans désir profond qui les animent. Trop de citoyens vénèrent la politique sans voir ce que cela change à leur quotidien.
Ce décalage entre l’action réelle et l’intention profonde – celle qui exalte – peut prendre le nom de perte de sens. Ne plus savoir pourquoi l’on agit, c’est ni plus ni moins cela.
L’étape suivante est alors la perte d’identité, dont les dérives sont plus graves encore. Peur, haine, division, guerre…
Face à cela, le sens qui émerge de nos actions créé et entretient une volonté d’agir. Tout cela constitue ce qui nous anime – la passion.
Cette cohérence entre ce que l’on pense et ce que l’on fait assure l’épanouissement. Tel que l’écrit magnifiquement l’auteur P. Franceschi dans l’Éthique du Samouraï moderne, l’alignement entre sa pensée autonome et ses actes est l’unique voie vers le bonheur.
Aucun individu profondément heureux et en paix avec lui-même ne désire la guerre, la haine ou le pouvoir. Le sens amène la paix envers soi-même. Lorsque chacun chemine dans cette direction, cela finit par créer un monde meilleur.
Wim Hof, à son humble échelle, le rappelle souvent. Son approche spirituelle par le froid et la respiration est une mission pour que chacun se retrouve avec soi-même, que l’éclaircissement de l’esprit fasse entrevoir le sens de ce qui nous animent individuellement.
Finalement, trouver du sens en ce que l’on fait, finit par avoir des répercutions sur les autres, sur le monde. En cela, la démarche du sens est infiniment altruiste.