Notre société moderne favorise la tendance à l’accumulation. On veut posséder toujours davantage de matériel, avoir plus de relations amicales, prendre plus de photos, se fixer plus d’objectifs, remplir une ”to do list” à l’infini, lire plus de livres.
Bref, ajouter en permanence du volume à sa vie. Et si cette volonté n’avait pas pour conséquence perverse de surcharger son quotidien et son esprit ?
Pourtant, cela pourrait faire sens. Quand on élimine l’inutile de sa chambre ou de son bureau, nous ressentons le plaisir d’y voir plus clair. Pour remettre de l’ordre dans ce qui est. Dans la perspective d’aller de l’avant.
Pourquoi ne pas faire cela avec chaque aspect de sa vie ? Sans donner de leçon, cet article suggère un plaidoyer pour l’essentiel. Parce qu’en ne gardant que l’essentiel, on se permet de réaliser davantage avec moins.
Plus, c’est moins.
La loi de Pareto, érigée dans le domaine de l’économie d’abord, suggère que 80% des conséquences résultent de 20% des causes. En macro-économie, il est parfaitement établi que 80% des richesses mondiales sont générées et détenues par 20% de la population.
Le ratio 80-20 est une moyenne, et s’étend parfois même à davantage. Ce principe de Pareto est transposable à la plupart des affaires quotidiennes.
Avez-vous déjà remarqué que vous portez 20% des vêtements de votre dressing 80% du temps ? Que vous utilisez le même sac 80% du temps, alors que votre armoire en stocke six autres ? Que vous utilisez le même ustensile de cuisine pour préparer 80% de vos repas ? Que vous ressassez 20% de vos pensées 80% du temps ?
La liste est longue. Parfois, le ratio tend même vers 90%-10%. Mener cette réflexion sur chaque domaine de sa vie quotidienne nous mène à être plus que surpris.
Quoi qu’il en soit, on se rend compte que l’on agit bien peu par rapport à tout ce que l’on prévoit. On n’utilise qu’une faible part de tout ce que l’on possède. Dès lors, on possède beaucoup de choses qui demeurent inutilisées.
Existe-t-il un avantage comparatif à posséder autant de matériel non-utilisé ? En apparence, aucun. C’est une perte d’argent, d’espace disponible, et ça n’est certainement pas en faveur de la préservation de l’environnement.
Mais ces conséquences ne sont pas sans compter la suivante. Accumuler du ”trop” brouille l’esprit, voilà le plus important. De la même manière qu’un bureau rempli de feuilles de brouillons empêche d’y voir clair, un quotidien d’accumulation ne fait que surcharger l’esprit humain, votre esprit.
Conséquence : on ne peut plus penser efficacement. On hésite toujours entre tel pull-over ou tel sweat-shirt pour partir en week-end. On préfère emporter deux ou trois livres pour passer quelques jours à la mer, sans finalement avoir le temps d’en ouvrir un seul. On ajoute trois stylos dans sa trousse pour avoir le choix, alors que le même sert depuis un an.
Tous ces ajouts multiplient les options de choix, et ralentissent la prise de décision. Au quotidien, ce mode de fonctionnement remplit l’esprit d’éléments futiles, mais obstruants.
La surcharge visuelle favorise nettement le détournement de l’attention mentale. Constatez par vous-même que l’on parvient à rester bien plus concentré (et plus longtemps) en travaillant sur un bureau vide, que sur un tas de feuilles et de post-it sens dessus-dessous.
Oui, réduire les sources de distractions visuelles permet la concentration mentale.
Oui, réduire le nombre de possessions matérielles (tout contexte confondu) réduit la durée de prise de décision. Moins de choix disponible, c’est moins d’hésitation et de temps perdu à tergiverser. C’est donc un esprit moins brouillé.
Le cerveau humain préfère voir à la hausse pour se rassurer. Très adepte du ”au cas où, ça peut servir”. Seulement voilà, après des années sous cette doctrine, le résultat est alarmant. Pourquoi posséder douze ustensiles de cuisine quand on en utilise seulement deux 90% du temps ? Pourquoi acheter un nouveau vêtement chaque semaine alors que l’on porte le même depuis six mois ? Aucun sens véritable.
L’espace mental est aussi affecté par ce mal moderne. Combien sont ceux qui remplissent des to-do list à rallonge chaque matin, ou chaque semaine ? Avec huit ou dix tâches à réaliser, comme si la progression dans la vie se mesurait au nombre de cache cochées.
La moitié de celles-ci ne sont jamais accomplies à la fin du temps imparti. Et elles stagnent dans le cerveau, tel un déchet toxique qui pollue le bon fonctionnement de la machine. Le soir venu, le petit message « oh, je n’ai pas fait ça, ni ça.. » tourne dans la tête et en empêche beaucoup de dormir.
« Essayez d’être partout, et vous serez nulle part. » – Sénèque
Idem pour ses objectifs, ou ses bonnes résolutions de début d’année. En neurosciences, les études de laboratoire ont largement démontré que plus on se fixe d’objectifs, moins on a de chance de les atteindre. À vouloir être partout, on est nulle part. Alors, se fixer deux fois moins d’objectifs nous assure d’avoir deux fois plus de chances de les réaliser.
L’espace physique est perçu de la même manière que l’espace mental par notre cerveau. Plus une pièce est en bazar, moins on y voit clair. Cela obstrue le passage à l’acte et la prise de décision efficace.
Plus le cerveau humain accumule d’informations visuelles et cognitives, moins il dispose de clarté pour décider et commander d’agir.
Le cerveau n’est pas taillé pour le volume. En ajouter toujours davantage le rassure, mais ne le rend pas efficient.
Sans plaider pour le minimalisme, essentialiser ce qu’on possède matériellement et notre espace mental n’est que bénéfice. Cela réduit les problèmes à traiter, raccourcit les prises de décisions et libère ainsi plus de temps.
Notre cerveau s’en trouve allégé, et prêt à performer pour ce qui compte vraiment. La dispersion est l’ennemi de la progression.
En la matière, des auteurs tels que Timothy Feriss (La semaine de 4 heures), Gary Keller (The One Things) ou encore Pierre Rabhi (Vers la sobriété heureuse) défendent d’une manière très inspirante la doctrine de l’essentialisation pour mieux servir ce qui compte vraiment.
Cette réflexion est applicable pour les vêtements et gadgets, mais au delà. Réfléchissons-y pour les entraînements physiques, les objectifs, ou la fameuse to-do list quotidienne. Réduire et essentialiser sont des vertus salvatrices.
Bruce Lee était de cet avis, également.
”On n’accumule pas, on élimine. Ce n’est pas une augmentation quotidienne, mais une diminution quotidienne. Le sommet de l’éducation ramène toujours à la simplicité.” (Bruce Lee)
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